Il y a quelques années, j’ai interviewé l’excellentissime Damien Jubeau. L’interview semble dater d’hier vu la qualité de ses réponses et la puissance de ces conseils. Prenez le temps de la lire et de l’ajouter à vos favoris.

Bonne lecture.

Bonjour Damien, alors pour commencer, est-ce que tu peux te présenter ? Nous raconter un peu ton parcours dans le SEO et dans la webperf, les différentes expériences que tu as eues jusqu’à maintenant ?

Hello Youssef ! Je suis co-fondateur de Dareboost, éditeur du service en ligne éponyme, pour le test et le monitoring de la performance web. Nous offrons un outil complet permettant aux équipes de surveiller la vitesse de chargement des pages web et de collaborer autour des ces problématiques. 

C’est initialement un projet de fin d’études en école d’ingénieurs. Avec mes 3 co-fondateurs, nous avons décidé de nous lancer dans une aventure entrepreneuriale, constatant qu’il manquait sur le marché un outil qui soit manager-friendly sans délaisser l’expertise technique, pour faire collaborer les différents métiers du web sur une problématique très transversale. 

Je suis tombé dans le web tout petit 🙂 J’ai réalisé mes premières pages perso en 1999, je crois. Je ne disposais que d’une connexion 56k. J’avais la chance de pouvoir me servir d’un appareil photo numérique à la maison. Même si la résolution était ridicule par rapport aux standards actuels, il restait nécessaire de retravailler les images pour les alléger pour le web… le début de mon expérience webperf même si je ne le savais pas encore !

Professionnellement, j’ai redécouvert le sujet quelques années plus tard en tant qu’apprenti lors de mon cursus Ingénieur chez un éditeur de logiciels. Dans le service R&D, j’ai travaillé sur un produit permettant d’optimiser les pages web (UX, performance, etc.) en fonction des caractéristiques du périphérique mobile du visiteur. 

J’ai par exemple une fonctionnalité de détection du débit du visiteur, pour adapter en conséquence le niveau de compression des images d’une page web.

Comme pour le développement web, mes premiers apprentissages SEO datent du début des années 2000, toujours sur mes pages perso. En 2007, une fois majeur et après plusieurs années à apprendre en autodidacte le HTML le CSS et le PHP, je me suis lancé en micro-entreprise. J’ai développé plusieurs sites vitrines et e-commerce et j’ai donc dû “professionnaliser” un peu mes connaissances SEO également, même si ce n’était que les basiques (local, pour des TPE). 

C’était  l’équivalent d’un job étudiant, mais avec le recul c’est surtout ce qui m’a donné mes premières “armes” pour lancer Dareboost. Mes cofondateurs se spécialisant sur les aspects techniques, je me suis attelé au reste, incluant le contact commercial, la communication, le marketing, et donc le SEO.

Le référencement naturel est quelque chose que nous avons vu comme stratégique assez rapidement. L’intérêt était double, car le SEO fait partie également de enjeux de la performance web. Connaître la sphère SEO, c’est aussi me permettre de mieux comprendre mes clients !

Comme tu le sais, depuis juillet 2018, Google a déclaré officiellement que la webperf est un critère officiel de positionnement. Selon toi, comment il détermine la qualité d’un bon temps de chargement ?

Je m’étais exprimé sur notre blog lors de l’annonce de la Speed Update. Je n’ai pas d’élément concret supplémentaire aujourd’hui :bien que Google ait fait évoluer ses outils dans diverses directions, aucun indicateur clef ne s’y est démarqué qui constituerait un signal pertinent et suffisant, fiable à l’échelle du web. La mesure de la performance web est complexe, car on s’intéresse au final à l’expérience utilisateur, qui est subjective (et contextuelle, dépendant par exemple de l’équipement, de la connexion ou encore de la localisation de l’internaute).

La problématique de gestion du budget de crawl est assez évidente, mais à ma connaissance aujourd’hui, c’est essentiellement le TTFB (temps de réponse du serveur) qui va jouer, puisque le passage du Google Bot basé sur une instance de Chrome est bien moins fréquent. On est donc encore assez loin de l’expérience de l’internaute ici. 

Le SEO n’est pour moi qu’une motivation comme les autres pour s’intéresser à la performance web. Le temps de chargement impacte toute la stratégie, de l’acquisition à la conversion. Il faut donc avoir une vision globale.

Google met de la pression sur le sujet, c’est une bonne chose, car la lenteur de pages est un vrai problème. Mais je ne crois pas que Google mette en place un jour un signal de premier rang à ce niveau. Les signaux indirects existants sont à mon sens déjà puissants et plus englobants (ex: une page qui met 30 secondes à s’afficher, cela va se voir sur le comportement de l’utilisateur: rebond, pogosticking, etc).

Concrètement, tu as deux sites : le premier, un site e-commerce de 800 000 pages avec des requêtes sql dans tous les sens, quant au second, un site statique, genre vitrine, de 4 pages. Sur quels indicateurs doivent-ils se baser pour évaluer leur temps de chargement ?

De façon générique ma réponse sera de se baser sur les 3 indicateurs suivants : le TTFB (temps de réponse serveur), le Start Render (délai avant le début de l’affichage de la page) et le Speed Index. Le socle ou la complexité technique du site ne va pas venir modifier la méthode de mesure : on surveille les pages clefs, avec des indicateurs actionnables, qui vont permettre de détecter les ralentissements tout comme les bienfaits de nos optimisations.

Avec tes exemples, la différence va essentiellement être sur la difficulté des chantiers d’optimisation. Et aussi sur l’intérêt de les mener (si le site statique est celui de la TPE du coin, qui fait du présentiel sans véritable enjeu stratégique sur le web, la performance n’est pas un sujet).

Pour le site e-commerce, cependant, il y a des enjeux supplémentaires car l’usage est différent : il y a une navigation transactionnelle de l’internaute, qui va rentrer dans un tunnel de conversion pour – avec un peu de chance – finir par acheter. 

On introduit ici la nécessité de mesurer la performance web de manière transactionnelle, pour reproduire le parcours d’achat (l’utilisateur va remplir son panier, se connecter, etc. autant d’éléments qui peuvent avoir un impact sur la performance d’une page web). 

Fais-nous profiter de ton expérience : peux-tu nous lister un top 3 des optimisations à mettre en place en terme de webperf, celles qui reviennent le plus chez tes clients ?

J’imagine que tes lecteurs sont dans la sphère SEO, alors je vais répondre premièrement avec un point de vigilance sur le TTFB. Si le temps de réponse du serveur dépasse la centaine de millisecondes, c’est qu’il manque sans aucun doute un système de cache. En dessous : ce n’est probablement pas votre axe prioritaire, à moins d’avoir des contraintes de budget de crawl qui se fassent sentir. Selon l’organisation des projets, le problème est parfois “oublié” car c’est la partie backend n’est pas dans la zone de confort des équipes internes, ou inversement on peut voir un surinvestissement sur les sujets backend quand il n’y a pas d’expertise sur les sujets frontend (en règle général, on considère que 90% du temps d’attente d’un internaute est situé sur ce qui se passe après la première réponse du serveur). 

Le deuxième point à regarder : les images. Elles composent, en moyenne, 60% du poids d’une page web. En optimisant les images, ou en appliquant d’autres techniques comme le lazy-loading pour ne charger que ce qui est réellement vu par l’internaute, on améliore grandement la performance. Bien sûr, il faut garder en tête que ce qui est fait manuellement sera nécessairement source d’oubli ou d’erreur, donc automatiser cela autant que possible. 

Pour terminer, de manière générale, on peut parler de tendance à l’obésité des pages web. Au-delà des images, le JavaScript prend une part grandissante. Les services externes (click-to-chat, AB Testing, retargeting, personnalisation) se multiplient.  Les services qu’ils peuvent nous rendre ne sont pas négligeables, mais il faut veiller à les limiter et à mieux maîtriser leurs intégrations. Trop souvent, on voit des services bloquer l’affichage de la page alors qu’il ne sont pas du tout stratégiques. Il faut penser UX et technique : est-ce qu’un utilisateur a besoin du clic-to-chat avant d’avoir pu consulter le contenu ? Alors il est sans doute intéressant de charger le composant de manière totalement différée. 

Il est impératif pour moi de mesurer de la valeur apportée par ces services, et ensuite de la confronter à l’impact sur les performances. L’utilisateur peut accepter un ralentissement des pages, mais à la condition d’obtenir une plus-value. Qu’une régie publicitaire dégrade l’expérience utilisateur peut être acceptable si tel est le modèle de revenu, mais cela doit rester suffisamment limité pour ne pas remettre en cause l’audience. Il faut être objectif et pragmatique, et percevoir le côté “vases communiquant” de ces sujets. Pour aller plus loin à ce propos : Budget de performance : un indispensable à la rapidité des sites web

Selon les entreprises, on a l’impression que la webperf c’est le bébé du SEO. Qu’en penses-tu ?

Le pilotage de la webperf est effectivement régulièrement assuré par des équipes SEO. Il n’est pas rare d’ailleurs que ce soit les métiers SEO qui donnent l’alerte sur la nécessité de travailler les performances.

Les projets avec des responsables webperf dédiés sont rares. Comme évoqué plus tôt, c’est un sujet très transversal, car à tous les niveaux, une décision peut avoir des impacts importants. Même si techniquement on pousse à fond l’optimisation, on ne peut pas faire de magie. Un développeur à qui on demande d’intégrer 2 solutions d’A/B Testing et 5 régies publicitaires aura une marge de manoeuvre quasi nulle…

Pour cadrer les performances web, il est donc nécessaire d’échanger avec de nombreux types de métier, du marketing à l’infrastructure, en passant par le développement. Il faut comprendre les enjeux business mais aussi la technique. 

C’est un avantage incontestable que je vois ici pour les SEO, qui ont souvent déjà cette vision d’ensemble et des contacts privilégiés avec les différents interlocuteurs. 

Comment Dareboost peut aider une entreprise ? Peux-tu nous décrire les fonctionnalités de ton outil ?

Dareboost est un outil clef en main, sans installation, qui va permettre de tester n’importe quelle page web. Nous faisons du test de performance à la demande avec des recommandations automatisées, de la comparaison, et surtout de la surveillance. Pour détecter le moindre ralentissement et permettre de mesurer durablement l’évolution des performances (et donc les résultats des chantiers d’optimisation). 

Nous avons conçu notre outil pour être “manager-friendly” (dashboards, reporting automatiques, benchmark des concurrents, etc) car il est indispensable que ce sujet soit traité à un niveau stratégique et non la responsabilité seule des techniciens. 

Dareboost ne néglige pas pour autant les besoins des experts, avec de nombreuses fonctionnalités avancées. L’idée est de permettre à toute l’équipe d’un projet de collaborer sur l’outil, et de faciliter la montée en compétence de chacun. 

C’est je crois un pari réussi, car nous sommes souvent plébiscités par nos clients et utilisateurs pour notre approche pédagogique et la qualité de l’expérience d’utilisation du service ! 

Avant, j’utilisais d’autres outils  comme GT Metrix. Ce que j’ai aimé chez vous c’est la proximité et l’accessibilité de tes équipes. Est-ce que tu peux nous parler de ton organisation ?

Nous avons à coeur la réussite et la satisfaction de nos clients. C’est ce qui nous motive sur le plan personnel mais aussi une des raisons de notre succès ! Le référencement naturel et le bouche à oreille sont aujourd’hui nos seuls leviers d’acquisition. Le développement de notre activité passe donc nécessairement par la qualité du service, au sens large. Alors nous essayons toujours de nous surpasser ! 

Nous construisons sur le long terme et nous prenons aussi le temps de nous interroger sur notre organisation et nos valeurs, pour nous améliorer individuellement et en tant qu’équipe. 

L’entreprenariat reste un apprentissage pour mes co-fondateurs et moi, alors évidemment, tout n’est pas parfait ! Mais nous avons à coeur de ne pas limiter notre vision de la société à un enjeu économique. Contribuer à un web plus rapide et de meilleur qualité est une première réussite, et construire un modèle d’entreprise dans laquelle chacun puisse s’épanouir est tout aussi important à nos yeux. 

Merci pour tes réponses !

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